Èíîñòðàííûå ÿçûêè

Ìåæêóëüòóðíûå êîììóíèêàöèè. Proverbes

ÌÎÑÊÎÂÑÊÈÉ ÏÅÄÀÃÎÃÈ×ÅÑÊÈÉ ÃÎÑÓÄÀÐÑÒÂÅÍÍÛÉ ÓÍÈÂÅÐÑÈÒÅÒ



              Ðåôåðàò ïî ïðåäìåòó «Ìåæêóëüòóðíûå êîììóíèêàöèè»


                            íà òåìó: «Proverbes»



                                           Ðàáîòó âûïîëíèëà ñòóäåíòêà ãð.305


                                                Ðîìàíî-ãåðìàíñêîãî îòäåëåíèÿ


                                               Ôàêóëüòåòà èíîñòðàííûõ ÿçûêîâ


                                                              Ñòàðûãèíà Ì.Ä.



                                                   Ðóêîâîäèòåëü: Äðàïåé Í.Â.



                              Ìîñêâà, 2004 ãîä



Définition et fonction dans la société.

       Le proverbe, la maxime et  la  devise  sont  des  énoncés  normatifs
lapidaires,  fortement  rythmés  et  souvent  imagés,  de  longue  durée  de
fonctionnement.
       Ce  qui  distingue  la   maxime   des   deux   autres   genres   est
l'individualisme. Alors que le proverbe est  puisé  à  un  fonds  commun  de
sagesse représentant la tradition, la maxime est une vérité écrite  dont  un
auteur prend la responsabilité. Elle est critique,  incisive  et  volontiers
ironique. Le proverbe ne fait que répéter la doxa, alors que  la  maxime  la
remet en cause ou en ruine les assises. Mais  il  ne  s'agit  pas  seulement
d'apporter une vision nouvelle : la maxime est un apophtegme qui a  ambition
de  proverbe,  elle  est  destinée  à  passer  dans  l'usage.  La  structure
rythmique de la maxime a une double fonction : mnémonique  et  incantatoire.
Un énoncé bien frappé s'imprime aisément dans la mémoire et crée  le  besoin
de se faire répéter. Les maximes d'excellente facture ont une stabilité  qui
leur permet de passer à travers le temps.
       Le proverbe est une courte maxime entrée dans  l'usage  courant.  Du
point de vue formel, il se distingue souvent par le caractère  archaïque  de
sa construction grammaticale : par l'absence  d'article,  par  l'absence  de
l'antécédent, par la non-observation de l'ordre conventionnel des  mots.  La
structure  rythmique  du  proverbe  est  souvent  binaire.   On   y   trouve
l'opposition de deux propositions ou de deux groupes de mots  à  l'intérieur
de  la  proposition.  La  rime  ou  l'assonance  vient   parfois   souligner
l'opposition.  Cette  structure  est  souvent  renforcée  par  l'utilisation
d'oppositions sur le plan lexical : la  répétition  des  mots,  la  mise  en
présence  syntagmatique  de  couples  oppositionnels  de  mots.  Les  traits
spécifiques du proverbe en français sont l'emploi du cas-sujet  et  du  cas-
régime  dans  les  expressions  nominales,  la   présence   de   compléments
déterminatifs, l'ellipse  des  relatifs,  les  consécutives  négatives,  les
relatives au subjonctif, l'infinitif substantivé ou servant  de  thème  dans
une phrase à prédicat, la conjonction de coordination  et  introduisant  une
principale, les phrases nominales et les constructions chiasmatiques.
       La formulation archaïsante des proverbes  renvoie  à  un  passé  non
déterminé, leur confère une sorte d'autorité qui relève de  la  sagesse  des
anciens. Le caractère archaïque des proverbes constitue  une  mise  hors  du
temps des significations qu'ils  contiennent.  Le  présent  employé  est  le
temps anhistorique qui aide à énoncer, sous forme de simples  constatations,
des vérités éternelles. L'impératif, en instituant une  réglementation  hors
du temps, assure la permanence d'un ordre moral sans variations.
       La devise est une injonction réflexive exprimant un idéal.  Mais  la
norme qui la  fonde  n'est  pas,  comme  dans  la  maxime  et  le  proverbe,
générale. Elle ne concerne qu'un individu, une famille, une nation.
       La terre d'élection des trois genres est le  discours  argumentatif.
Le proverbe, la devise et la maxime sont un moyen  facile  de  communication
avec l'auditoire. Ils constituent des messages  dont  la  source  originelle
est inconnue ou voilée. Devenus a-contextuels, vides, ces faits  énonciatifs
s'offrent  comme  le  lieu  idéal  de  l'insertion  de  nouvelles  instances
émettrices qui, les manipulant à leur guise, en assument  provisoirement  la
responsabilité.  Ceci  explique  leur  forte  charge  idéologique  et   leur
fonctionnement comme signes univoques, mono-isotopiques, propriétés qui  les
rendent  utiles  lorsqu'il  s'agit  d'établir  un  consensus  rapide   entre
idiolectes.
       Dans la langue parlée, ils se distinguent de l'ensemble de la chaîne
par le changement d'intonation :  le  locuteur  abandonne  momentanément  sa
voix et en emprunte une autre pour proférer un segment de la parole  qui  ne
lui appartient pas en propre, qu'il ne fait que citer. C'est donc  l'élément
d'un code particulier, intercalé à l'intérieur de messages échangés.

Origines et postérité.

Origines.

1) Origines du proverbe.
- Les civilisations  archaïques  et  pré-chrétiennes  (au  Moyen-Orient,  en
Asie, en Europe) véhiculaient des  proverbes.  Chez  les  Sumériens  et  les
Égyptiens (les deux plus anciennes civilisations  connues  par  l'écriture),
les proverbes  étaient  rassemblés  en  collections,  à  emploi  sans  doute
pédagogique. Ils ont circulé dans tout le Proche-Orient. Les  Grecs  et  les
Latins sont redevables de nombreux proverbes au Proche-Orient ancien.
 - Le proverbe peut être rapproché des lois et des textes religieux (ex.  le
Livre des Proverbes). Mais  le  mot  hébreu  traduit  "proverbe"  (Meshalim)
signifie plutôt poème et désigne en fait un exposé de morale religieuse,  vs
les proverbes populaires dont le ton apparemment  péremptoire  est  toujours
tempéré par l'humour,  et  dont  les  métaphores  énigmatiques  renvoient  à
l'ambiguïté du réel.
- Civilisation gréco-romaine. Lien entre le proverbe et  les  autres  genres
de la littérature orale. Très souvent, dans les  fables  d'Ésope,  le  récit
s'achève par une formule lapidaire qui  résume  l'histoire  et  propose  une
moralité. Cette formule peut prendre son indépendance,  l'image  surprenante
renvoie à une  histoire  connue  de  tous  et  qu'il  n'est  pas  besoin  de
rappeler.
 - Pour les auteurs antiques (Aristote, Sophocle,  Théophraste,  Quintilien,
Cicéron),  le  proverbe  exprime  un  concept  vrai.  L'idée  de  la  vérité
renfermée et exprimée par le proverbe est acceptée par les rhéteurs, qui  en
font la base de l'auctoritas du proverbe dans le discours. Le  proverbe  est
un élément utile dans la  vie,  parce  qu'il  donne  des  conseils  reconnus
vrais, qui servent le long de la voie-vie de l'homme. Il  est  aussi  défini
comme un discours  obscur.  Il  doit  attirer  l'attention  et  inspirer  le
respect. Il renvoie à une vérité commune et reconnue par tout le  monde.  Il
est le  point  d'insertion,  dans  le  discours,  du  savoir  commun  de  la
collectivité ; par là lui est conféré l'auctoritas, parce  qu'il  n'est  pas
lié aux idées particulières de celui  qui  l'exprime.  Témoignage-assertion,
reconnu  juste  et  véridique  à  cause  de   son   caractère   d'antiquité,
incorruptible et impérissable.
 - Les  proverbes  grecs  anciens.  Les  proverbes  constituent  le  domaine
privilégié de la phrase nominale.
 - Les proverbes latins. Ils pouvaient se présenter sous  forme  de  phrases
complexes (Quem di diligunt Adulescens moritur, dum ualet, sentit,  sapit  :
Quand on est aimé des dieux, on meurt jeune, dans toute sa force, dans  tous
ses sens et dans tout son bon sens).  Les  procédés  les  plus  fréquents  :
l'allitération, la brièveté, l'ellipse, la répétition de mots,  l'assonance,
le raccourci d'expression, la présentation en proposition infinitive.
- Pline, Sénèque, Quintilien, Lucrère, Virgile, Horace : par leur  souci  de
concision  et  leurs  recherches  stylistiques,  recréent  ou   créent   des
expressions  proverbiales.  Ainsi  se  constitue  un  trésor  de  proverbes,
d'origine généralement populaire,  mais  souvent  aussi  réélaborés  par  la
culture savante.
- Les Dits de Salomon et de Marcoul.  Recueil  qui  attribue  à  la  sagesse
légendaire du roi Salomon un dialogue en proverbes rimés, circule depuis  le
Xe siècle en Europe, d'abord en latin puis, vers la fin du XIIIe  siècle  en
français.
- XIIe et XIIIe siècles. Le  proverbe  est  alors  un  "énoncé  à  caractère
universel" emprunté aux philosophes et sages de l'Antiquité ou à la  sagesse
dite populaire. Les théoriciens lui prêtent une qualité  particulière  :  un
caractère métaphorique ou allégorique qui permet de l'adapter  au  contexte,
surtout dans l'exorde et la conclusion.
- Les proverbes  sont  omniprésents  dans  la  culture  du  Moyen  Age.  Ils
reflètent les rapports de  forces,  les  tensions  et  les  conflits  de  la
société féodale ("L'argent ard gens") ou évoquent  des  rivalités  anciennes
entre régions ("Niais de Sologne qui ne se  trompe  qu'à  son  profit").  Ce
sont des proverbes malléables. Les clercs qui les utilisent les  réélaborent
sans cesse. Ils faisaient autorité, à côté de la Bible,  dans  les  sermons.
Se sont constitués à l'usage des prédicateurs des recueils  de  proverbes  :
Hic  incipiunt  proverbia  in  gallico,  Principia  quorundam  sermonum  qui
démontrent pratiquement comment l'on peut prendre des proverbes comme  point
de départ de sermons. Les proverbes sont appuyés de citations bibliques.  On
ne trouve pas de recueils similaires dans d'autres  pays  européens  (ni  en
Allemagne ni en Espagne).
- A la fin du XIIe siècle, Mathieu de Vendôme  propose  une  définition  qui
donne à cet élément une place essentielle : "Le proverbe  est  une  sentence
commune à laquelle l'usage accorde foi, que  l'opinion  publique  adopte  et
qui correspond à  une  vérité  confirmée".  La  sentence  mémorisée  devient
proverbe : la répétition, la projection dans la mémoire du  peuple  la  fait
passer du particulier au collectif.
- C'est au XIIIe siècle que le mot proverbe apparaît  en  France,  dans  les
fables de Marie de France.
- Les Distiques de Caton. Ils fournissaient au Moyen Âge  en  épigraphes  la
plupart des ouvrages. Au XIIIe siècle,  le  recueil  latin  devient  par  le
travail de traducteurs une collection de proverbes. Jusqu'au XVIIIe  siècle,
des   éditions   et   traductions   italiennes,   allemandes,   hollandaises
paraissent.
- Proverbes des Sages, Diz et Proverbes des Sages philosophes. XIVe  et  XVe
siècles. Ce sont des quatrains moraux. Certains ont eu un tel  succès  qu'un
certain nombre d'entre eux sont passés en proverbes et  ont  été  introduits
comme tels dans les recueils populaires.
-  XVe  et  XVIe  siècles.  Les  créateurs   procèdent   soit   par   simple
juxtaposition de proverbes  faisant  voler  leur  sens  en  éclats  (Villon,
Ballade  des  proverbes),  soit  par  accumulation  qui  mélange   proverbes
authentiques et proverbes inventés (Rabelais, Gargantua,  XI),  soit  encore
par commentaires provocateurs (Montaigne et Cervantès).
- Philippe Béroalde, Oratio proverbium (1499) :  pose  l'adage  comme  riche
d'une sagesse qu'il faut dévoiler et développer.
- Erasme a été parmi les premiers à fournir une définition  du  proverbe,  à
étudier son apport culturel et à préparer lui-même, entre 1500 et  1530,  un
recueil d'adages. Il publie à partir de 1500 plusieurs volumes d'adages.  Le
proverbe est pour Erasme un des moyens les plus  sûrs  d'éviter  le  langage
trivial.  Fonction  discriminative  du  proverbe  qui  permet  de   ne   pas
s'exprimer comme tout le monde.  Erasme  saisit  des  fragments  du  langage
populaire pour mieux se démarquer de  ce  même  langage.  Nécessité  que  le
proverbe soit grec ou latin. "Parole connue qui  se  distingue  par  quelque
origine spirituellement savante". La définition  l'oriente  du  côté  de  la
culture savante et du côté de l'ornement stylistique. Il n'est pas  question
d'un contenu moral. Métaphore, allusion savante. Mais pas la  comparaison  :
cette dernière est trop explicite pour servir  d'ornement  au  discours,  et
condamne une sentence comme "L'envie, comme le feu, gagne  ce  qui  est  au-
dessus d'elle". Métaphore et  ellipse  s'y  conjuguent  pour  leur  conférer
cette  obscurité  minimale  sans  laquelle,  pour  Erasme,  il  n'est  point
d'adage.
- Les Humanistes collectionnaient les proverbes. Ils citaient des  Proverbia
rustica et des  sententiae  littéraires.  C'est  au  XVIe  siècle  que  l'on
commence à commenter les proverbes. Les ouvrages :  Henri  Estienne,  Projet
de livre intitulé de la Précellence  du  langage  françois  (1579);  Étienne
Pasquier  (1529-1615),  Recherches  de  la  France;  Fleury  de   Bellingen,
l'Étymologie ou explication des proverbes français, divisée en trois  livres
par chapitres  en  forme  de  dilaogue  (1656);  Antoine  Oudin,  Curiosités
françaises, pour supplément aux dictionnaires. Recueil de  plusieurs  belles
propriétés, avec une infinité de proverbes et quolibets, pour  l'explication
de toutes sortes de livres (1640).
- Ils sont passés de l'abus à la déchéance sociale. Parodie de  Rabelais  et
de Cervantès.
- Liés à la rhétorique, à l'emploi courtisan et lettré au XVIe  siècle,  ils
sont  renvoyés  au  "populaire"  aux  XVIIe  et  XVIIIe  siècles.  Alors  se
développe la maxime, l'aphorisme individuel.
- Au XVIIe siècle, les soulèvements populaires obligent les intellectuels  à
prendre parti pour ou contre  leur  emploi.  César  Oudin  (1640)  dans  les
Curiosités françaises, classe les proverbes ou expressions  proverbiales  en
catégories : familières, vulgaires, basses, triviales.
- Les proverbes sont, jusqu'à la fin du règne  de  Louis  XIII,  le  support
d'un jeu qui fait fureur  dans  les  salons  parisiens  et  les  collèges  :
saynètes, énigmes dont le "mot"  est  un  proverbe.  Mais  après  la  Fronde
(1648), les proverbes deviennent la cible des intellectuels  de  Louis  XIV.
La Fontaine, à contre-courant, admire les proverbes, en  fait  la  trame  de
ses fables et en cite quelques uns en langue vernaculaire (ex. :  "le  Loup,
la mère et l'enfant", Fables, IV, 16,  s'achève  sur  un  proverbe  picard).
Indifférenciés au XVIe siècle, le  proverbe  et  la  maxime  vont  dissocier
leurs destins au XVIIe siècle. Les maximes sont  dorénavant  les  "proverbes
des gens d'esprit". Le proverbe passe de mode et se trouve  abandonné  à  la
culture populaire, au burlesque, aux valets et aux paysans de la comédie.
- Aux XVIIe et XVIIIe siècles :  discrédit  du  proverbe,  floraison  de  la
maxime. Adrien de Montluc donne la Comédie de proverbes (1616),  où  il  les
met en litanie pour en ridiculiser l'emploi. Vaugelas,  dans  ses  Remarques
sur la langue  française  (1647)  proscrit  le  proverbe.  Concurremment  la
maxime fleurit.
- Au XVIIIe siècle, en France : le proverbe dramatique  =  courte  pièce  de
théâtre dont le titre et le mot de la  fin  est  un  proverbe  laissé  à  la
sagacité du spectateur. Carmontelle (1717-1806).
- Le jeu des proverbes reste à la mode jusqu'au XVIIIe siècle  (avec  Collé,
Carmontelle et Berquin).
- L'éveil des nationalités et le romantisme vont  remettre  à  la  mode  les
contes et les proverbes. Sont effectués en France les premiers  recensements
systématiques. Ex. : celui de La Mésangère (1827) et le Livre des  proverbes
français  d'Antoine  Leroux  de  Lincy  (1840).  La  recherche  philologique
allemande suit à partir de 1859. Edmund Stengel, Adolf Tobler.
 - Cette vogue produit plusieurs oeuvres originales où la culture  populaire
semble régénérer l'art salonnier : Quitte pour la peur (1833) d'A. de  Vigny
et On ne badine pas avec l'amour (1834)  et  Comédies  et  proverbes  (1840)
d'A. de Musset.
2) Origines de la devise.
Les cris de guerre médiévaux permettant l'identification des combattants  au
visage  caché  par  le   heaume.   Sentences   accompagnant   les   emblèmes
héraldiques. La mode des devises date des  guerres  d'Italie  :  imitant  la
noblesse, écrivains et imprimeurs signèrent leurs oeuvres de  formules  plus
ou moins emblématiques ou anagrammatiques, de Clément Marot  ("La  mort  n'y
mord") à Maurice Scève ("Non si non là"). Tourné en dérision par  du  Bellay
(Défense et Illustration de la langue française,  II,  11),  l'usage  de  la
devise disparut après 1565.
3) Origines de la maxime.
 - Chez les latins : phrase dans laquelle on dit beaucoup de choses  en  peu
de mots. Idéal chez  les  Romains  :  la  concision.  Substantifs  plus  que
verbes. Art de la concision. Économie de roches sur lesquelles on  écrivait.
Les écrivains en créaient. De l'écriture au proverbe.
- Pour Quintilien, la brevitas s'oppose à la copia, elle se signale  par  la
densité d'une forme qui dit beaucoup en peu de mots. Ce souci de  concision,
lié à l'exigence de la clarté  demeurera  à  toutes  les  époques  la  vertu
classique par excellence.
- Au Moyen Age, la doctrine des Pères de l'Église est  compilée  sous  forme
de sentences par Anselme de Laon, Pierre Lombard, Robert de Melun,  etc.  La
sentence  est  d'essence  théologique  mais  elle  garde  son  caractère  de
proposition personnelle. Le  plus  célèbres  des  sententiaires  est  Pierre
Lombard. Il a laissé un  recueil  de  textes  des  Pères  dogmatiques,  dans
lequel sont rassemblés des sentences sur des problèmes très variés.
- Cette mode continue au XVe siècle, mais  en  français  et  sous  forme  de
quatrains moraux,  avec  Gui  de  Faur  de  Pibrac,  Antoine  Faure,  Pierre
Matthieu.  Ronsard  formule  de  nombreuses  maximes  dans  son  poème   Sur
l'adolescence du roi très-chrétien.
- La mode des maximes fait fureur dans le monde des  précieuses.  La  maxime
correspond au goût si vif du temps pour  tout  ce  qui  touche  à  l'analyse
psychologique.
- La maxime en tant que genre spécifique contribuant à renouveler  l'analyse
morale et psychologique n'est véritablement apparue que dans l'entourage  de
Mme de Sablé, Jacques Esprit, La Rochefoucauld. La tradition est reprise  au
XVIIIe siècle par Chamfort, Voltaire et Diderot.
Postérité.
- Les poèmes gnomiques, qui mettent en vers des maximes.
- L'esthétique du fragment. Frédéric Schlegel. Les textes de l'Athenaeum.
- Les clichés sont poursuivis depuis le romantisme. La formule  clichée  n'a
de valeur que comme moyen trop facile de  communion  avec  l'auditoire.  Les
beaux  esprits  ne  veulent  pas  vivre  de  recettes.  A  la   condamnation
d'expressions  jugées  triviales  et  populaires  s'ajoute  le  refus  d'une
"sagesse" perpétuant sa loi sous forme d'une mise en  fiche  proverbiale  du
comportement de l'individu. Le déclin  du  proverbe  s'est  accompagné  d'un
renoncement  progressif  à  la  métaphore.  Les  proverbes   attestés   plus
récemment dans les recueils s'éloignent  du  domaine  concret  pour  évoquer
plus littéralement et sur un mode  abstrait  le  monde  moral  et  affectif.
Beaucoup  d'énoncés  abstraits  et  moralisateurs  sont  attestés  dès   les
premiers manuscrits ("L'homme propose  et  Dieu  dispose",  "Qui  aime  bien
châtie bien"), mais ce qui a été perdu avec le temps,  ou  parfois  avec  la
modernisation  syntaxique,  c'est  la  force  de  la  formule,   sa   frappe
(prosodie, rime, etc.), comme si elle jouait le même rôle que  la  métaphore
dans les autres énoncés : celui  d'une  griffe  authentifiant  le  proverbe.
L'appauvrissement du fonds proverbial français va  de  pair  avec  la  perte
d'une exigence rhétorique, comme si désormais plus rien du savoir humain  ne
pouvait se mettre en images ou en formules.
- Le peuple continue à créer des proverbes, qui affleurent et  se  répandent
en période de crise, lorsqu'un groupe  social  ou  une  nation  opprimée  se
trouvent obligés d'affirmer leur identité et leur  force.  Ex.  :  ceux  qui
sont apparus sur les murs de Nanterre en mai 1968 :  "Métro,  boulot,  dodo"
et "Sous les pavés la plage".
- Les slogans, les mots d'ordre, constituent des maximes élaborées pour  les
besoins d'une action particulière. Ils doivent s'imposer  par  leur  rythme,
leur  forme  concise  et  facile  à  retenir,  mais  ils  sont  adaptés  aux
circonstances, doivent  toujours  être  renouvelés  et  ne  participent  pas
encore au large accord traditionnel dont jouit le proverbe.  Leur  rôle  est
celui d'imposer, par leur forme, certaines  idées  à  notre  attention.  Les
slogans publicitaires ("Un verre ça va, trois verres, bonjour les dégâts").
- Les substitutions dans  les  proverbes  pratiquées  par  les  surréalistes
(Breton et Éluard). Ex. : Il faut battre sa mère pendant qu'elle est  jeune.
Travail de dérision de la signification, de Rrose Sélavy de Desnos aux  Mots
sans mémoire de Leiris.
-   Les   métaproverbes.   Le   détournement   systématique    d'expressions
proverbiales  et  de  proverbes,  à  la  fois  sur  le  plan  phonétique  et
sémantique. Les métaproverbes ironisent sur  les  slogans  publicitaires  et
sur les principes de notre société. Ex. : "On a  souvent  besoin  d'un  plus
petit que soi, pour lui casser la gueule" (Pierre Péret)  ou  les  Proverbes
d'aujourd'hui, de Guy Béart.
 - Le wellérisme. Sam Weller, le héros  de  Charles  Dickens  dans  Monsieur
Pickwick cite des chapelets de phrases sentencieuses.  Sam  Weller  a  donné
son nom aux wellérismes. Déjà attesté au IIIe siècle  avant  notre  ère,  le
wellérisme est la contestation parodique de la parémie, dont  il  tourne  en
ridicule l'argument d'autorité. Il comporte trois  séquences  :  le  premier
segment  est  soit  une  parémie  soit  une  pseudo-parémie;  le   deuxième,
introduit par la formule "comme disait un tel", attribue la  citation  à  un
"héros", un personnage historique ou légendaire, et le  circonstant  apporte
la touche comique.
- Le genre est redécouvert au cinéma. Ex. : Éric Rohmer qui, entre  1981  et
1988, regroupe un ensemble de six films sous le titre  général  Comédies  et
proverbes.
 Un peu de psychologie
       Dans ce paragraphe je  voudrais  présenter  le  point  de  vue  d’un
psychologue canadien m. Georges-Henri Arenstein.

       Il arrive souvent que certaines personnes, ne sachant plus quoi dire
dans une conversation, citent un  proverbe  passe-partout  pour  meubler  un
silence.
       Ce recours  à  une  phrase  toute  faite,  extraite  de  la  sagesse
populaire, frappe par son caractère absolu. Et son caractère  absolu  semble
surgir du simple fait que la phrase est  connue  de  tous.  Donc,  croit-on,
elle doit être vraie.
       Si le recours aux proverbes a un petit quelque chose  de  rassurant,
je ne peux m'empêcher de penser qu'il s'agit d'un mécanisme de  défense  qui
empêche le vrai contact et qui empêche les ajustements créateurs. En  effet,
lorsque la phrase est dite, le silence cesse d'être gênant. La personne  est
mieux assise sur sa nouvelle certitude. Elle semble protégée maintenant  par
la sagesse des nations !
       Est-il besoin de dénoncer le fait que le recours aux  proverbes  est
un dérivatif stérile qui n'apporte aucune paix durable ni  aucun  changement
significatif. Qui plus est, la phrase est souvent fausse ou  alors  comprise
dans un sens unilatéral, celui  qui  favorise  son  usager.  Voici  quelques
exemples entendus dans ma pratique.
       Le temps arrange bien les  choses.  Faux.  Le  temps  n'est  pas  un
personnage enchanteur qui répare quoi que ce soit. Qu'une situation  de  vie
soit agréable ou désagréable, ce n'est pas le temps qui modifie quoi que  ce
soit. Ce sont les gens qui le font. Ils peuvent  le  faire  avec  l'aide  du
temps (rapidement ou lentement), mais le temps, lui, ne  fait  rien  d'autre
que passer.
       Tu récoltes ce que tu sèmes. Faux. Ce n'est pas automatique ! Il  va
pousser ce que tu sèmes, ça c'est certain ! Quant à récolter,  encore  faut-
il le vouloir. Dans la vie comme dans un champ, il ne suffit  pas  de  semer
des bonnes choses pour récolter des bonnes choses ! Et les mauvaises  herbes
? Et les cailloux ? Et les insectes ? Discriminer le nourrissant du  toxique
est une tâche quotidienne.
       Il faut aller dans son champ et cueillir ce qu'il y a à  cueillir  !
Ceci demande des efforts et de  l'initiative  et  aucune  récolte  ne  s'est
jamais faite automatiquement.
       Une de perdue, dix de retrouvées, dit-on au jeune homme qui a  perdu
sa compagne. Faux. Cette phrase a pour fonction d'apaiser la  détresse  d'un
amoureux qui vient de se faire plaquer.
       Mais croyez-vous vraiment que cette phrase va lui faire du bien ? Et
que ferait-il, de toutes façons, avec dix femmes à ses cotés ?
       Je recommande plutôt un accueil bienveillant : "Oui, une de  perdue,
c'est très dur. Je suis avec toi !"
       Jamais deux sans trois. Faux. Superstition  absurde  basée  sur  des
statistiques inexistantes. Deux ? Trois ? Quatre ? Les évènements n'ont  pas
l'habitude de consulter les statistiques avant d'arriver. Ils  arrivent,  un
point c'est tout.
       Je recommande plutôt la reconnaissance de la réalité : "Deux fois  ?
Ah non ! Quelle malchance !"
       On apprend de nos malheurs. Faux. Les malheurs  comme  les  bonheurs
sont des occasions d'apprendre. Encore faut-il les saisir et  se  mettre  en
marche.
       "On apprend de nos malheurs" est  une  généralisation  dangereuse  :
elle implique que je ne peux apprendre  que  de  mes  malheurs.  Résultat  :
l'inconscient se met à saboter nos actions pour déclencher un  ou  plusieurs
malheurs afin de pouvoir, enfin, apprendre ! Ces  malheurs  sont  d'ailleurs
anticipés par des scénarios de catastrophes comme  :  "Un  malheur  n'arrive
jamais seul".
       Un malheur n'arrive jamais seul. Ah non ? Ce serait le  malheur  qui
déciderait de lui-même de se faire accompagner par un autre  malheur….  pour
se sentir moins seul, sans doute ?
       C'est encore une de ces phrases qui déresponsabilise la personne qui
parle. Entendez-vous la plainte de  la  victime  impuissante  qui  se  cache
derrière cette phrase ? Dans une de ses chansons, Angèle Arnault  affirme  :
"Paniquez pas pour rien : le pire s'en vient !"
       On  peut  trouver  d'autres  phrases  ou  proverbes   contraires   à
l'équilibre psychologique, à la logique humaine, ou à la  responsabilisation
de la personne !
Proverbe – forme brève
       Le proverbe se donne,  dans  sa  formulation  brève,  elliptique  et
imaginée, comme  une  vérité  d’expérience,  comme  un  conseil  de  sagesse
pratique commun à tout un ensemble social. Ses principales  caractéristiques
en sont d’une part son origine orale et collective : en effet,  son  origine
en est ignorée ou repoussée dans un temps archaïque quasi immémorial  et  il
est transmis de « bouche en oreille », comme une  rumeur,  mais  une  rumeur
qui se serait fixée et qui serait  vraie.  Cette  origine  intemporelle  est
également (la plupart du temps et sauf  exception)  anonyme :  l’énonciateur
en est indéterminé. Cette impersonnalité propre à une sagesse collective  se
caractérise d’autre part par la fixité de sa  structure,  un  style  propre,
reconnaissable,  qui  lui  assure  immédiatement  son   statut   de   savoir
catégorique  et  invariant.  Cette  sagesse  proverbiale  semble  être   une
garantie contre le temps et une référence stable et  immuable  par-delà  les
singularités et les subjectivités. « Le proverbe  est  une  sorte  de  court
poème, souvent rimé, toujours rythmé d’une certaine manière,  de  façon  que
la mémoire machinale ne le déforme pas aisément.  Ainsi  il  se  fait  notre
importun compagnon. L’agitation  même  de  notre  esprit  fait  surnager  le
proverbe ; nos folles pensées ne peuvent l’entamer »  (Alain,  Les  passions
et la sagesse).
       Frédéric Seiler, dans son étude célèbre  sur  le  proverbe,  définit
celui-ci comme  « une  locution  ayant  cours  dans  le  langage  populaire,
refermée sur elle-même, ayant  une  tendance  au  didactisme  et  une  forme
relevée ». A. Jolles s’attache à la critique de cette  notion  de  caractère
populaire,  qui  est  évidemment  assez  embarrassante  en  raison  de   son
imprécision même. Herder et  l’idéologie  romantique  n’ont  pas  manqué  de
rapprocher le proverbe de la poésie populaire,  du  conte  populaire  et  de
toutes ces productions issues des profondeurs mystérieuses de l’esprit  d’un
peuple (Volksgeist). « En tant que  totalité  le « peuple »  ne  crée  rien.
Toute création, toute invention, toute  découverte  procède  toujours  d’une
personnalité individuelle. Il faut nécessairement que tout proverbe ait  été
énoncé  un  jour  et  quelque  part.  Après  qu’il  eut  plu  à   ceux   qui
l’entendirent ils le  propagèrent  comme  locution  proverbiale  et  on  l’a
probablement retaillé ensuite et retouché jusqu’à ce  qu’il  ait  une  forme
pratique  pour  tout  le  monde   et   soit   devenu   ainsi   un   proverbe
universellement connu » (Seiler).
       Ce débat sur l’origine et la nature du proverbe  ne  peut  cependant
occulter  plusieurs  faits.  D’une  part  cette  forme   locutoire   a   été
privilégiée, pour des raisons que nous préciserons, de tous temps,  et  dans
toutes les civilisations et cultures orales. Il faut distinguer  ensuite  la
création de la locution, et  le  moment  de  son  acception  comme  tournure
proverbiale. Des citations d’?uvres littéraires sont devenus en assez  grand
nombre des proverbes (ainsi certains fables  de  La  Fontaine).  Or  ce  qui
caractérise cette transformation et ce changement de statut de  la  locution
est le fait que celle-ci prend en  quelque  sorte  une  valeur  universelle,
détachée du contexte littéraire dans lequel elle a été créée, ce qui  permet
d’oublier sans grande conséquence  le  nom  de  son  inventeur.  L’acception
comme  proverbe  d’une  locution  correspond  à  un  changement  du   niveau
d’appréhension et implique que la locution soit devenue et ait été  reconnue
bien commun à  tout  un  groupe  social.  La  notion  de  « populaire »  est
beaucoup  trop  large ;  il  convient  de  préciser  le  groupe  social   de
référence, car il existe des catégories de proverbes propres à des  métiers,
des catégories sociales particulières. Le proverbe vaut comme  résumé  d’une
expérience ayant valeur de  généralité,  et  exprime  avec  couleur,  image,
vivacité et rythme une sagesse issue d’un ensemble social. La fixité  de  la
structure,  l’impersonnalité   de   l’énonciateur   font   de   l’expression
proverbiale une assertion catégorique non critique.
        Les proverbes  constituent  la  partie  intégrante  de  toutes  les
langues. Quoique, de nos jours, ils aient  perdu  leur  activité  historique
d’autrefois et la fréquence d’emploi, ils restent toujours  dans  la  langue
un moyen d’expression important.
       Les proverbes reflètent l’histoire des peuples différents, leur mode
de vie, leurs coutumes, leur mentalité. L’analyse comparative des  proverbes
des  langues  différentes  contribuerait  à  connaître  les   particularités
nationales des peuples, à observer l’évolution de leurs conceptions  étiques
et esthétiques. Elle permettrait également de résoudre  le  problème  de  la
genèse des proverbes, de découvrir le mécanisme  de  la  corrélation  de  la
langue et de la pensée, de suivre l’évolution de la pensée philosophique  et
poétique.
       Malgré l’importance incontestable des recherches contrastives,  leur
nombre reste toujours restreint. Les  causes  en  pourraient  être  diverses
dont le statut vague et indéfini des  proverbes  dans  la  langue.  Certains
linguistes leur refusent le statut de phraséologismes et les  réduisent  aux
unités  non  communicatives.  D’autres  rapportent  l’objet   d’études   des
proverbes au folklore.
       D’autres   considèrent   que   l’exclusion   des    proverbes    des
phraséologismes  est  injuste  car   ces   unités   possèdent   toutes   les
caractéristiques propres  aux  phraséologismes.  Ils  fonctionnent  dans  la
langue  comme  unités  communicatives,   proposition   ou   partie   de   la
proposition. Génétiquement ils remontent aux  phraséologismes  qui  ne  font
pas partie des proverbes. La forme de leur transformation  sémantique  n’est
rien d’autre que l’élargissement situatif de leur contenu. Ayant acquis  une
signification générale, les proverbes ne s’appliquent pas  toutefois  à  une
personne, un événement ou une situation  concrets,  mais  à  une  classe  de
situations typiques ce qui prouve  que  la  parémiologie  constitue  l’objet
d’étude de la phraséologie et doit être étudiée comme telle.
Littérature

   1.  Olga Ozolina. Quelques aspects de la parémiologie comparative.
    http://wwwling.arts.kuleuven.ac.be/sle2001/abstracts/webozolina.htm
   2. Alain Montandon. Les formes brèves. Hachette, Paris, 1992
   3. M. Maloux. Dictionnaire des proverbes. Larousse, 2002
   4. http://www.psychomedia.qc.ca/dart6.htm


ñìîòðåòü íà ðåôåðàòû ïîõîæèå íà "Ìåæêóëüòóðíûå êîììóíèêàöèè. Proverbes"